Cave coopérative d'Aïn-Kermès


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AÏN-KERMÈS

La création de la cave coopérative

Coopérative d'exploitation agricole d'Aïn-kermès

Document n° 28 de la série : Économique - Paru le 30 novembre 1947


Depuis la promulgation de la loi du 8 juillet 1901 qui instituait le crédit agricole par la création de Caisses régionales, et plus spécialement depuis l'intervention de la loi du 26 février 1909 dotant les coopératives agricoles d'un statut, puis du décret du 26 novembre 1926, la coopération agricole a gagné progressivement en Algérie tous les secteurs où s'exerçait uniquement l'entreprise individuelle. Coopératives d'achat, de vente, de transformation, de consommation d'abord, puis coopératives de travaux en commun, battages, labours, transports ont associé dans un but limité à leur objet, tous les hommes qui avaient compris ce que leur intérêt personnel trouverait de profit en remplaçant l'acte individuel par le même acte collectif.
Synthèse de toutes les autres formes de coopération, la coopérative agricole d'exploitation en commun exige l'abandon total de l'initiative individuelle et l'acceptation d'uni discipline sévère, conditions particulièrement dures pour les agriculteurs dont l'individualisme traditionnel est bien connu. Il était donc normal qu'ici, comme dans les autres pays où elle a été tentée, cette formule s'imposât la dernière. Elle vient d'être mise en application en Algérie : la coopérative d'exploitation agricole d'Aïn-Kermès a été créée le 4 mai 1945, dans des conditions telles qu'elle doit prendre valeur d'exemple pour toutes les régions agricoles particulièrement déshéritées de l'Algérie.


LE CENTRE D'AÏN-KERMÈS.

Situé dans la Commune mixte de Djebel-Nador, à 25 km au Sud de Frenda et à la limite des régions semi-désertiques qui entourent le chott El-Chergui, le centre d'Aïn-Kermès est doublement désavantagé par sa pluviométrie insuffisante et par son climat continental. En effet, tandis que les gelées printanières fréquentes compromettent très souvent les récoltes, la pluviométrie moyenne atteint à peine 350 mm, alors qu'il est admis qu'au-dessous de 400 mètres la culture du blé n'est plus rentable.
C'est en 1925 que le centre fut créé, en même temps que ceux de Médrissa (légèrement à l'Est) et d'Él-Ousseuk (au Sud). Les résultats furent désastreux. Le dernier centre dut être abandonné et les colons recasés dans des régions plus hospitalières. La grande majorité des propriétaires des deux autres centres, sans toutefois être contraints à l'abandon de leurs terres, durent être consolidés en 1935.
Cette opération, heureusement accompagnée de la création de l'Office du Blé et du maintien de tarifs protecteurs, avait permis aux séquestres de ces colons de relever petit à petit leur situation que l'excellente année agricole de 1939 contribua fortement à améliorer.
La guerre, avec ses deux mobilisations successives, la sécheresse persistante des années 1942, 43, 44, l'année calamiteuse 1945 où l'on ne moissonna même pas à Aïn-Kermès, annulèrent le redressement amorcé ainsi. Le cheptel, décimé par l'absence totale de pâturages, ne laissait aucun espoir de reconstitution pour l'avenir, étant donné les faibles disponibilités financières de ses propriétaires qui se trouvaient encore souvent sous séquestre.
La situation était telle que, découragés, la plupart des colons de la région envisageaient de quitter ce centre " déshérité " pour chercher plus au Nord du travail mercenaire.

REMÈDES A LA SÍTUATÍON.

La solution du problème ainsi posé ne pouvait être recherchée que dans des moyens de production meilleurs et par une réduction des frais généraux de chaque entreprise.

Renouvellement de la production.

Sur les terres légères au régime pluviométrique insuffisant de la région d'Aïn-Kermès, la production des céréales nécessitait une transformation complète des méthodes de culture et l'achat d'un matériel mécanique important. De plus, il fallait utiliser rationnellement les terres, n'ensemencer que les parcelles susceptibles d'un rendement suffisant et réserver les terres inférieures à l'élevage qui, pour le moment, n'est dans la région qu'à l'état embryonnaire, car les méthodes employées étaient archaïques et ne préservaient nullement les troupeaux contre les rigueurs de l'hiver et les grandes hécatombes des années de sécheresse où les pâturages naturels disparaissent.
Colons européens et, à plus forte raison, colons musulmans, ne disposant d'aucun capital leur permettant d'entreprendre sur des bases solides un élevage intéressant, se contentaient de confier leurs troupeaux à un berger indigène en lui demandant de bien vouloir rapporter les produits. Il fallait, en un mot, réorganiser les méthodes d'élevage et surtout améliorer les conditions de l'élevage intensif qui pouvait devenir, dans la région, une source de richesse complémentaire de celle offerte par la culture des céréales.
Mais l'amélioration du troupeau serait sans effets appréciables si elle n'était accompagnée de celle de sa commercialisation. Les difficultés de transport créées par la guerre risquant de faire perdre pendant le transport des produits le bénéfice d'un élevage rationnel, la création d'un abattoir moderne et d'une usine frigorifique ont été prévues à Tiaret.
Toutes ces considérations ont conduit à l'idée de la fondation d'une coopérative d'exploitation agricole comprenant deux secteurs : élevage et céréaliculture.
Cette formule de coopération, grâce à l'abondance de son personnel, pouvait seule permettre un rendement acceptable, de loin supérieur à celui que peut espérer le colon isolé, handicapé par le manque d'argent et de main-d'œuvre.

NAÍSSANCE DE LA COOPÉRATÍVE.

Dès 1944, M. Courjon : , directeur de la Caisse régionale de Tiaret, entreprit une campagne afin de faire connaître les avantages d'une coopérative d'exploitation agricole dans ces régions difficiles : articles dans les journaux locaux, conférences dans les centres ruraux, préparèrent l'opinion publique, et amenèrent petit à petit les colons à la conviction que cette formule était pour eux le seul moyen de se tirer de cette situation quasi désespérée.
C'est ici qu'il convient de signaler le rôle prépondérant joué par M. Urbain Varvat, colon de la région et homme d'expérience qui s'était mieux adapté aux conditions particulières du pays. Avec un désintéressement total, ses moyens matériels, capitaux, bâtiments, cheptel, engins agricoles furent mis à la disposition de tous ceux qui accepteraient de faire partie d'une collectivité et de rester à Aïn-Kermès.
C'est dans ces conditions que la coopérative d'exploitation agricole d'Aïn-Kermès a été créée. Le concours de la Caisse de crédit agricole de Tiaret et de son directeur, M. Courjon, lui a permis de baser son activité sur des statuts administratifs et techniques, à la mise au point desquels le Service des Affaires professionnelles et sociales de la Direction de l'Agriculture du Gouvernement général a collaboré.

PRÍNCÍPES ORGANÍQUES.

La coopérative ne groupe que des agriculteurs exploitants qui résident dans la circonscription. Elle constitue un domaine important à direction unique, utilisant les méthodes les plus modernes. Chaque adhérent apporte, pour une période de 6 ans au minimum, la totalité des terres lui appartenant ou, dans le cas des fermiers, de celles dont il a la jouissance.
En contrepartie de son apport " terre ", l'adhérent perçoit une indemnité annuelle dont le montant est fixé par le conseil d'administration qui, chaque année, propose à l'assemblée générale le taux à appliquer. Indépendamment de la question " terre ", il vend à la coopérative son cheptel mort et vif inutilisable.

Afin d'éviter que certains propriétaires, voyant entrer en coopération leur locataire ne soient tentés en fin de bail de se substituer à lui comme adhérent, des conditions de profession, de travail et de présence sont imposées :

- tout sociétaire doit être agriculteur et membre d'un syndicat agricole ;
- il habite dans la circonscription de la société ;
- il doit fournir à cette société un certain nombre de journées de travail rémunérées et fixées par le conseil d'administration.

Chaque adhérent, en tant que travailleur appointé, est placé sous l'autorité du directeur et ne peut donner des ordres au personnel qu'avec son approbation.
Le capital initial a été créé au moyen de parts souscrites par les sociétaires à raison d'une part de 1.000 francs par hectare engagé. Ce capital est susceptible d'augmentation, soit au moyen de l'adjonction de nouveaux membres, soit au moyen de la souscription de nouvelles parts faites par les sociétaires. Il peut diminuer par suite de démission, exclusion, décès, interdiction, faillite ou déconfiture d'associés.
En fin d'exercice, le montant de la vente des récoltes, déduction faite des frais généraux (location des terres, salaires, approvisionnements utilisés, etc.), des amortissements du matériel et des réserves diverses est partagé au prorata des journées de travail fournies par chaque adhérent, les journées exonérées dont ont pu bénéficier quelques-uns d'entre eux comptant dans le calcul de la répartition des bénéfices. Le revenu total annuel de chaque sociétaire est donc la somme :

- du prix de la location de ses terres (qu'il reverse lui-même à son propriétaire s'il n'est que locataire) ;
- du prix de ses journées de travail ;
- et de sa part des bénéfices calculée suivant ses journées de travail.

DÉMARRAGE DE LA COOPÉRATÍVE.

Le 4 mai 1945, la société coopérative fut créée… Elle groupait seulement 6 adhérents. Dès le 7 du même mois, 16 nouveaux sociétaires se joignirent à eux. Sur ces 22 adhérents, 13 au moins se trouvaient, au mois de septembre 1945, dans l'impossibilité absolue de cultiver leurs terres. Cette année-là, par suite de la sécheresse, ils n'avaient même pas récolté leur semence et leur cheptel vif était anéanti. Grâce au matériel mécanique assez important que M. Varvat mit avec le plus profond désintéressement à la disposition de la société, les travaux purent être entrepris aussitôt après les moissons de 1945.


FORMATÍON DU CAPÍTAL ET FÍNANCEMENT DE L'EXPLOÍTATÍON.

La Caisse régionale de Tiaret apporta toute son aide aux coopérateurs pour la formation du capital et le financement de l'exploitation. Des prêts à moyen terme furent consentis à certains d'entre eux pour leur permettre de souscrire leurs parts sociales avec la garantie de la coopérative.
Ainsi fut constitué, en 1945, un capital de 3.300.000 francs correspondant aux 3.300 hectares engagés par les 22 sociétaires.
Dès 1947, la plupart des emprunteurs sont en mesure de rembourser intégralement les avances à moyen terme et la société qui démarra avec un passif considérable, après paiement de ses dettes, de ses frais généraux et de son matériel neuf, a déjà réalisé un bénéfice important.


FONCTÍONNEMENT DE LA COOPÉRATÍVE.

Une assemblée générale désigne, chaque année, une " Commission des travaux " composée de 4 à 7 membres, chargée d'établir le plan d'assolement, d'orienter le système de culture, de dresser le programme des améliorations, des achats de l'équipement dans les limites budgétaires arrêtées par le conseil d'administration.
Le travail est réparti entre les adhérents suivant leur spécialité (magasiniers, conducteurs de tracteurs, mécaniciens, bergers, etc...).
Le nombre des sociétaires n'étant pas suffisants pour permettre l'accomplissement de toutes les tâches, la coopérative emploie des ouvriers permanents recrutés sur place. Placés sous l'autorité du directeur, ces ouvriers sont mis par lui à la disposition des adhérents. L'autorité du directeur est complète sur tout ce qui concerne la coopérative ; l'adhérent, qui est tenu d'exécuter ses journées de travail, ne jouit d'autres droits, vis-à-vis de lui, que de ceux d'un ouvrier plus ou moins spécialisé.
A la fin de chaque exercice, l'assemblée générale prend connaissance des comptes arrêtés par le conseil d'administration.
Les recettes proviennent de la vente de tous les produits : les dépenses comprennent les frais généraux ordinaires : salaires des ouvriers, semences, engrais, réparations, etc..., les amortissements et les réserves. Ceci prélevé, la répartition s'effectue comme il a été dit plus haut.

ÍNSTALLATÍONS DE L'EXPLOÍTATÍON.

Sur un petit tertre, la ferme coopérative domine l'immense étendue des terres mises en commun par les colons d'Aïn-Kermès. Elle a été aménagée dans la propriété la plus centrale. A l'origine, les corps de bâtiments comprenaient seulement une ferme concédée par un propriétaire parti en France. En deux ans, et de leurs propres mains, les adhérents et leurs enfants ont érigé des ateliers de réparations, des entrepôts pour les céréales, des écuries, des bergeries et porcheries modèles, une station de désinfection des moutons, un immense hangar couvert destiné à abriter le matériel contre les intempéries et les appartements de deux des adhérents qui, vivant sur place, sont à même d'exercer sur l'ensemble des bâtiments d'exploitation une surveillance constante.

MATÉRÍEL ET CHEPTEL DE TRAÍT.

Actuellement, la coopérative possède :

- 5 tracteurs, dont 2 " Cletrac " de 60 CV,
- 1 " Allis Shalmer " 60 C V,
- 1 " Caterpillar " 35 CV,
- 1 " Massey Harris " 25 CV,
- 2 moissonneuses-batteuses,
- 5 charrues à disques,
- 1 batteuse,
- 1 botteleuse-lieuse,
- 1 camionnette 2 tonnes,
- 1 camion 8 tonnes,
- plusieurs " Jeep ",

le tout maintenu en parfait état grâce à une forge construite sur place et capable d'effectuer tous les travaux nécessités par cet important matériel.
Le cheptel, abrité dans des écuries spacieuses, comprend 60 chevaux et mulets, 20 poulains et quelques juments.

LES RÉSULTATS OBTENUS.

27 adhérents font maintenant partie de la coopérative, et les surfaces mises en commun s'étendent sur 5.500 hectares.

Les travaux effectués.
En 1945, alors que la plupart des sociétaires se trouvaient dans l'impossibilité d'effectuer individuellement leurs travaux préparatoires, la mise en commun du cheptel mort et vif au profit de !a collectivité permit d'ensemencer 1.250 hectares et d'en préparer 1.450.
Les emblavures de la campagne 1946-47 portèrent sur 1.626 hectares tandis que 2.500 hectares étaient préparés.
La campagne de cette année portera sur 3.000 hectares environ, tous préparés. Les travaux de préparation du sol ont été activement poussés. Il existe dans la région d'Aïn-Kermès une couche de tuf à environ 40 ou 60 cm du sol. L'agglomération de ce tuf forme dalle et empêche la pénétration des eaux. La société a donc décidé de faire sauter cette couche, ce qui augmentera la profondeur de terre meuble et, par suite, le taux d'humidité constante de la terre.
Le matériel employé fournit un rendement d'autant meilleur (un seul tracteur " Allis Shalmer " a fourni 4.500 heures de travail du 4 septembre 1946 au 1'r octobre 1947) qu'il n'est confié qu'à un personnel qualifié.
Les réparations courantes sont effectuées sur place par les adhérents et un lot important de pièces de rechange a été constitué qui permet d'éviter les longues immobilisations. Chaque sociétaire se sentant propriétaire de l'outil dont il se sert, apporte à son utilisation et à son entretien un soin tout particulier, ce qui améliore également son rendement.

Résultats dans le secteur élevage.
A la méthode de l'élevage extensif se substitue à Aïn-Kermès celle de l'élevage intensif. Tandis que des bergeries et des étables modernes protègent le bétail contre les intempéries, une station de désinfection et de lavage des moutons a été aménagée.
Au démarrage de la coopérative, les effectifs étaient de 30 bovins, 200 ovins, 10 porcins. A l'heure actuelle, ils se sont élevés à 100 bovins, 1.800 ovins et un important troupeau de porcs est en voie de constitution (300 têtes environ). Ces chiffres se passent de commentaires.

PROJETS D'AVENÍR.

Les résultats obtenus en deux ans de collaboration étroite et de discipline librement consentie permettent, à ces hommes qui ont eu la volonté de s'unir, tous les espoirs.
Certes, beaucoup reste à faire, le matériel est encore insuffisant pour les superficies travaillées, et la création d'un important troupeau ne fait que démarrer.
Le projet de la création d'un secteur d'amélioration rurale d'élevage dans la commune mixte du Djebel-Nador est à l'étude. S'il aboutit, la coopérative exploiterait une surface de 3 500 hectares. Les occupants actuels des terrains voisins deviendraient membres du S.A.R. créé ainsi que les bergers chargés de la garde du troupeau coopératif.
Habitations des bergers et locaux collectifs se raient construits sur un lot domanial susceptible de permettre la création de luzernières irriguées, grâce à l'aménagement d'un point d'eau actuellement mal exploité parce que non équipé. Le transport de l'énergie électrique sur les lieux s'avère possible, le courant-force étant actuellement au village d'Aïn-Kermès dont le lot domanial est distant d'environ 2 kilomètres.
Projets, certes, mais dont la réalisation dans ce pays déjà imprégné de formules coopératives, peut être particulièrement rapide.
Après avoir organisé rationnellement l'élevage, c'est à la commercialisation du troupeau qu'il conviendra de s'attaquer. Il faut reconnaître que l'écoulement des produits a toujours été défectueux dans la région. Les troupeaux devaient parcourir des centaines de kilomètres avant d'arriver épuisés au port d'embarquement où ils étaient entassés dans des cargos insuffisamment aménagés. Ces nombreux jours de privations et de fatigue amenaient des animaux dépréciés sur les marchés métropolitains et étrangers. Certes, la question est actuellement différente, puisque l'Algérie n'exporte plus de viande. Mais une organisation de cette sorte doit voir plus loin que les conditions immédiates. Il semble que la formule de l'exportation de bêtes sur pied soit périmée maintenant. La commercialisation de l'élevage s'oriente de plus en plus vers la congélation et l'exploitation frigorifique. Les installations en cours de réalisations à Tiaret, maillon de base de la chaîne du froid, permettront à cette région d'élevage d'écouler ses produits dans les meilleures conditions.
Le succès de la coopérative d'exploitation agricole d'Aïn-Kermès est maintenant affirmé. Il est dû autant à la compétence de ses dirigeants qu'à l'opiniâtre volonté de tous ces hommes qui ont su accepter une discipline sévère et abandonner tout esprit d'individualisme.
Cette réussite constitue un témoignage de ce que peuvent donner las qualités de travail, d'intelligence et de volonté mises au service d'un idéal commun. Les 27 premiers adhérents de la coopérative agricole du Sud oranais ont justifié, l'intérêt /que leur porte la haute Administration et la bienveillance particulière que M. l'Ambassadeur de France, Gouverneur Général de l'Algérie, Yves Chataigneau leur a témoignée il y a quelques mois, lors d'un de ses voyages dans la région.
Cette expérience sera-t-elle, en Algérie, la première d'une série de réalisations aussi heureuses ? Nous pouvons en être assures puisque déjà fonctionnent deux associations semblables.

Source : " Association des 3 villages " - Aïn-Kermès-Frenda-Martimprey.



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